RENCONTRE | David MIET, membre fondateur de Villes Vivantes

Après un double cursus d'ingénieur et d'architecte à Lyon (2003-2005), David Miet a soutenu une thèse de doctorat en architecture à Marseille en 2013.
La même année, il fonde Villes Vivantes, une start up qui n'ambitionne pas moins que de "réinventer l'architecture et l'urbanisme".

 TABLE RONDE AVEC LES ELUS | crédits photo : Villes Vivantes

TABLE RONDE AVEC LES ELUS | crédits photo : Villes Vivantes

Bonjour David, merci de prendre le temps de répondre à nos questions. Peux-tu nous parler de Villes Vivantes ?

Avec Villes Vivantes, nous nous sommes pleinement saisis d’un problème crucial : le manque de foncier au cœur des villages et des agglomérations, pour lutter contre l’étalement urbain, mais aussi, parce qu’en commençant à la source par la question du foncier, c’est toute notre façon de construire la ville que nous souhaitons transformer.

Quel est le mode d’action de Villes Vivantes ?

Villes Vivantes propose aux collectivités des opérations de renouvellement urbain « en filière courte », et la création d’une offre nouvelle de logements « sur mesure », en s’appuyant sur la multitude de projets que peuvent porter les particuliers.
Notre travail de co-conception, de coaching étape par étape des projets, avec ces particuliers, crée des opportunités urbaines avec un impact positif sur la ville et son évolution.
Qu’il s’agisse de revitaliser les cœurs de bourgs, de produire maisons et terrains à bâtir au cœur des villes moyennes, ou du devenir des zones d’activités métropolitaines, nous construisons, à la façon du covoiturage, des dispositifs d’action mettant en mouvement des milliers de porteurs de projets potentiels, pour produire des changements significatifs à grande échelle. En un mot : penser local, agir global… Ou comment conduire des politiques publiques radicalement efficaces par des méthodes « bottom-up ».
Appliquée à la densification des espaces bâtis, et à la production d’une offre nouvelle de terrains à bâtir au sein des enveloppes urbaines, cette démarche s’appelle le BIMBY (Build In My Back Yard).

Villes Vivantes fonctionne-t-elle comme une agence classique d’architecture ou d'urbanisme ?

Non. Nous redéfinissons et expérimentons chaque jour nos métiers. La start up Villes Vivantes du printemps 2018 ne fonctionne pas du tout comme celle du printemps 2017 …  
Nous travaillons comme une équipe de sport de haut niveau qui ne s’est pas encore trouvée et cherche son système, son style de jeu ! Chacun est focalisé sur son champ d’action, son domaine de compétence, sa part spécifique de responsabilité, mais c’est l’énergie collective qui fait la réussite de notre action. Nous testons les bonnes positions, les configurations de travail productives, positives, les métiers et les synergies.

Quand tu dis “nous” à qui penses-tu ?

De deux associés au départ, Thomas et moi, nous sommes, cinq ans plus tard, une vingtaine, dont 5 associés, présents à Paris, Bordeaux, Toulouse, Lyon et Dijon.

Pour qui travaillez-vous ?

Les opérations de renouvellement urbain que nous conduisons sont réalisées pour des collectivités territoriales ambitieuses et courageuses, qui se lancent avec nous dans cette aventure : faire de l’urbanisme avec les habitants. Elles recherchent des résultats qu’elles n’obtiennent pas avec les filières classiques de production de la ville.
Par les risques qu’elles prennent, les moyens financiers et humains qu’elles mobilisent, elles sont engagées avec nous dans de véritables partenariats de recherche et développement. Ces relations fortes nous permettent de démontrer, par l’action, la validité de cette approche « bottom up » du BIMBY. La première opération BIMBY avec accompagnement des porteurs de projet de A à Z a été lancée par la ville de Périgueux il y a 2 ans, avec un objectif de 100 logements BIMBY réalisés d’ici la fin 2018 ! Trois autres opérations de même envergure ont été lancées depuis.

Nous contractons avec les collectivités, mais notre travail de fond consiste à travailler pour et avec les habitants. Au nom de la collectivité publique, nous apportons une belle énergie et beaucoup de compétence en amont de leurs réflexions, en leur révélant les potentiels de leur bien, mais aussi tous les scénarios de transformation qui s’offrent à eux en fonction de leur situation patrimoniale. Nous ouvrons le champ des possibles tout en refondant la relation entre particuliers maîtres d’ouvrage et professionnels de l’acte de construire (géomètres, notaires, agents immobiliers, maîtres d’œuvre, constructeurs ou architectes).
Nos nouveaux métiers représentent un potentiel de 10 000 à 20 000 nouveaux emplois en France dans les 10 ans à venir. Avec nos confrères belges et danois lors d’un colloque organisé à Périgueux en avril sur ce sujet nous avons également identifié un potentiel à l’échelle européenne immense et bien réel.

 VILLES VIVANTES EN FRANCE | crédits photo : Villes Vivantes

VILLES VIVANTES EN FRANCE | crédits photo : Villes Vivantes

En quoi ton ancien travail de chercheur au Ministère de l’Ecologie a-t-il influencé ce qu'est aujourd'hui Villes Vivantes ?  

Depuis la fin de mes études, j’ai cherché à mettre en forme, encapsuler, les connaissances des concepteurs, architectes, urbanistes et paysagistes, pour qu’elles soient partageables et puissent ainsi expliquer pourquoi « le coup d’avant » était réussi ou non, et comment ou par quel chemin ce sera mieux « le coup d’après » … avec comme point d’aboutissement la thèse que j’ai soutenue tout juste après avoir quitté mes fonctions de chercheur au Ministère de l’Ecologie.
Les modèles architecturaux ont fait polémique depuis que les Modernes ont voulu nous imposer une architecture standard, mais à l’exception du XXème siècle, l’architecture a toujours été, dans chaque civilisation, une histoire de modèles culturels et techniques partagés par les corps d’état bâtisseurs et les habitants pour lesquels ils ont construit, au fil du temps, tous ces villages et toutes ces cités magnifiques et « vivantes » que l’on peut observer et visiter aux quatre coins du globe.

Dans certains domaines, les modèles scientifiques sont plus simples à construire, puis à tester. Je pense que la complexité de l’architecture et de l’urbanisme, qui mêlent de multiples dimensions qualitatives et quantitatives, rend l’exercice plus difficile mais loin d’être impossible.
Si nous découvrons les bonnes configurations de métiers de concepteurs pour produire des opérations de renouvellement urbain désirables, saurons-nous recruter, former et déployer des milliers de professionnels à ces nouveaux métiers ? C’est là que la question des modèles architecturaux redeviendra centrale.

Et comment devient-on chercheur en architecture ?

À la fin de mes études, je me suis retrouvé face à deux possibilités : aller vers la pratique ou faire de la recherche. Je suis un grand insatisfait des modes de production actuels de la ville et j’ai décidé de faire de la recherche pour changer tout cela !
J’ai quitté, 10 ans plus tard, mon travail de chercheur au Ministère de l’Ecologie pour les mêmes raisons : pour passer de la théorie du changement à sa preuve par l’action. Après 5 ans d’expérimentations concrètes et opérationnelles, avec l’énergie folle déployée par toute l’équipe de Villes Vivantes, nous n’avons jamais été aussi proches de ce but.

Quelles sont tes envies pour Villes Vivantes dans un avenir proche ?

Comme a su le faire Blablacar : transformer notre modèle jusqu’au parfait fonctionnement de nos équipes et faire du BIMBY et des autres concepts que nous développons des outils fiables, économiquement viables, vertueux, énergiques et efficaces capables d’être déployés à grande échelle, au service de la collectivité.

Que peut-on te souhaiter ?

De merveilleuses rencontres pour construire nos équipes de demain !

 MODELISATION DE LA DENSIFICATION DOUCE : A CHACUN SON BIMBY ! | crédits photo : Villes Vivantes

MODELISATION DE LA DENSIFICATION DOUCE : A CHACUN SON BIMBY ! | crédits photo : Villes Vivantes

Crédits : Agathe Raguit @aer-architecture

Agathe Raguit